Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Le nom de ce blog est sans doute évocateur de notre "nachid el watani" tant décrié par le passé parce que, associé au pouvoir Algérien illégitime. Après des décennies de disettes. Je voudrais faire de cet espace, un coin où tous mes compatriotes et autres amoureux de libertés, de démocratie, ou tout simplement d'histoire pourraient s'exprimer librement. En ce sens, nous vous souhaitons la bienvenue. En hommage à Nacer Hachiche, repose en paix et à bientôt ! Pour garder le contact avec notre chère patrie : http://www.alger-presse.com/index.php/presse-fr


Pétition pour la nomination d’un « ambassadeur de choc » en Libye : Bernard-Henri Lévy

Publié par The Algerian Speaker sur 25 Février 2015, 13:12pm

Catégories : #CHI IDDAHAKK ou CHI IBBEKKI

Un char percute son égo : BHL indemne.
Un char percute son égo : BHL indemne.

Le 17 février 2015, décrivant devant le Conseil de sécurité des Nations unies un pays qui pourrait devenir une menace pour l’Europe comme pour l’Afrique, le ministre libyen des affaires étrangères Mohammed Al-Dairi a appelé « à ne pas rester silencieux face au terrorisme en Libye ». Comme en écho, et évoquant le même pays lors d’une réunion de dirigeants sociaux-libéraux européens tenue à Madrid le 21 février, le Premier ministre français Manuel « 49-3 » Valls a estimé que le « djihadisme terroriste » était aux portes de l’Europe. De fait, depuis la fin de 2011 et l’élimination de Mouammar Kadhafi au terme de ce que l’OTAN présenta en 2012 « comme un modèle d’intervention », la « Libye libre » a quelque peu sombré dans le chaos. Partition, « somalisation », seigneurs de la guerre, clans mafieux… Livré aux milices, le pays est dirigé par deux Parlements et deux gouvernements rivaux. A la multitudes de groupes sanguinaires aux alliances changeantes – Ansar Al-Charia, Majlis Shura Shabab al-Islam, Fajr Libya (Aube de la Libye), etc. –, regroupés pour certains dans le Conseil consultatif de la jeunesse islamique (MCCI), s’est ajouté depuis peu l’Etat islamique (EI), qui s’est récemment distingué par la décapitation de vingt et un travailleurs – il est vrai égyptiens et coptes de surcroît. C’est également dans cet arsenal à ciel ouvert, qu’Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi) a pu faire son marché, ce qui lui a permis de porter la bonne parole entre autres au Mali. Pays d’où, depuis l’intervention française, le mouvement djihadiste Mujao s’est replié … dans le Sud libyen – tout étant dans tout et vice-versa. Nul n’a oublié l’éblouissant rôle de la France, de son aviation et de ses forces spéciales dans cette spectaculaire démocratisation de la Libye. En stratège semi-intégral – son expérience militaire se limitant jusque-là à un service national effectué en 1978 à la « Base aérienne 117 Paris », où il appartenait au Groupe rapide d’intervention (GRI), chargé tous les matins, de 6 à 9 heures, du nettoyage des locaux – le président Nicolas Sarkozy a par chance bénéficié en 2011 de l’expérience de son ministre des affaires étrangères par interim, Bernard-Henri Lévy, un familier de la Control Room, l’état-major de la Libye libre. On n’en est malheureusement plus là… Dans cette nouvelle terre de Jihad, devenue sans qu’on sache trop pourquoi incontrôlable et incontrôlée, toutes les chancelleries occidentales ont fermé leurs ambassades et ont lâchement abandonné le terrain – la France le 30 juillet 2014 ; les Etats-Unis treize jours plus tard, le 27, lorsque leurs quelque soixante-dix diplomates, dont l’ambassadrice Deborah Jones, ont quitté Tripoli par la route, en direction de la frontière tunisienne, escortés par quatre-vingts « marines », sous la protection de 2 F-16 survolant le parcours et de plusieurs Osprey M22 (des avions capables de se poser au sol comme des hélicoptères). Une attitude interprétée comme un signe de faiblesse, et que les djihadistes ont tournée en dérision. Alors que les combats ne connaissent aucune trêve et que la situation sécuritaire ne cesse de se dégrader, multipliant le nombre des victimes au sein de la « société civile », peut-on se satisfaire d’un tel « OTAN en emporte le vent » ? La réponse est évidemment non. Paris doit donner l’exemple. Paris doit s’honorer en montrant aux Libyens qu’ils ne sont pas abandonnés aux égorgeurs. Et comment incarner mieux cet esprit de résistance qu’en rouvrant l’ambassade de France, en se tenant campés, solidaires, lucides, courageux, déterminés, comme lors de la glorieuse expédition de 2011, au milieu d’eux ? Un nom s’impose pour une telle mission. Celui du Schwarzenegger de la philosophie : Bernard-Henri Lévy. L’homme est particulièrement doué pour traiter les questions délicates. C’est quelqu’un avec qui il faut compter. Il a le profil nécessaire à une telle fonction : s’il prône le droit d’ingérence, il croit aussi au « devoir de suivi ». Par ailleurs, bien peu bénéficient de son exceptionnelle lucidité. Qu’on se souvienne de cette pensée percutante, publiée le 3 mars 2011, dans son « Bloc-notes » du Point : « Je ne suis pas naïf, évidemment. A Benghazi comme ailleurs, j’ai passé l’âge de l’idéalisme et de l’angélisme. Et je ne vois pas Mustafa Abdeljalil, ancien ministre devenu patron du Conseil national de transition, s’imprégner, d’ici la victoire, des œuvres complètes de Tocqueville. Mais il y a les faits, tout de même ! On sait par exemple que, parmi les onze membres du Conseil dont les noms ont été rendus publics, il n’y a pas un islamiste. On sait que, parmi les vingt autres, tenus pour le moment secrets pour raison de sécurité, figurent des représentants de toutes les régions du pays et que le danger tribal a été – à dessein ? – surestimé. Et je pense enfin que, même si le Conseil n’instaure pas, du jour au lendemain, un parlementarisme churchillien, il injectera dans ce pays cassé, ravagé par la dictature, ruiné par la corruption et le gangstérisme d’Etat, un peu plus de démocratie – et que cet “un peu plus” sera, déjà, une bénédiction. » Le genre d’analyse qui distingue les Clausewitz efficaces des bateleurs de Café du commerce. Bien sûr, le risque existe. Quatre Américains, dont l’ambassadeur Chris Stevens, ont été tués le 12 septembre 2012 dans une attaque contre leur consulat à Benghazi. Le 23 avril 2013, une voiture piégée a frappé l’ambassade de France, faisant deux blessés – mais à vingt minutes près, elle aurait pu provoquer un carnage – et amenant le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius à inventer une formule particulièrement pertinente pour dénoncer non pas « une action courageuse et sympathique », mais « un attentat lâche et odieux ». Le 17 janvier 2015, des assaillants ont attaqué à l’explosif l’ambassade d’Algérie à Tripoli – trois blessés dont un policier. Jusqu’à la résidence de l’ambassadeur iranien a été visée, le 22 février, par un double attentat qu’a revendiqué la branche libyenne de l’Etat islamique (EI). Mais, enfin, quoi… Si nous cédons maintenant, il faudra céder constamment, Munich nous l’a appris. Restera, évidemment, à assurer la protection de la légation. On hésitera ici à préconiser l’envoi de militaires, gendarmes ou policiers. Les politiciens héroïques et les philosophes en chemise blanche de campagne leur demandent déjà beaucoup, qui les ont expédiés du Mali à l’Irak en passant par la Centrafrique, le Niger et le Tchad – sans parler du territoire national depuis les attentats du 7 janvier. Ne serait-il pas plus judicieux d’utiliser des groupes « alliés » aguerris, en transférant par exemple de Syrie en Libye, pour défendre notre ambassade, des combattants de Jabhat Al-Nosra qui, d’après Laurent Fabius, « font du bon boulot sur le terrain [1] » ? Après tout, il y aurait peut-être ou sans doute entre les uns et les autres – défenseurs et assaillants – matière à arrangement… BHL a toujours offert sa poitrine nue aux offenses du totalitarisme. On l’a vu arpenter courageusement, photographes en bandoulière, les lignes arrière de tous les combats de notre temps. On l’imagine mal se contenter d’un morne va-et-vient entre sa villa de Saint-Paul-de-Vence, son palais de Marrakech et la place Maïdan à Kiev quand le fier drapeau tricolore ne flotte plus sur la Libye et que ses habitants, qu’il a héroïquement contribué à « libérer », se retrouvent seuls, piégés, face aux tueurs et aux drapeaux noirs. Sa place est là-bas, debout, au milieu d’eux ! Comme on peut le lire sur un média on ne peut plus objectif, son propre site Internet, « on connaît trop peu sa fidélité à lui-même et aux autres, son entêtement à défendre ce qui lui semble juste et vrai, sa façon de ne jamais “lâcher”, malgré les années, les batailles auxquelles il s’est trouvé mêlé ; cette vertu, aussi, est rare ; c’est de contraire de l’esprit du temps et de sa frivolité ; c’est Bernard-Henri Lévy [2]. »

MAURICE LEMOINE

Pour demander la nomination de Bernard-Henri Lévy au poste d’ambassadeur de France en Libye, envoyer de toute urgence un courrier (courtois et affranchi) à M. Laurent Fabius, Quai d’Orsay, Paris. Pour convaincre (s’il en était besoin) le ministre du bien fondé de votre supplique, mentionner cette citation de BHL lui-même, dans son ouvrage Eloge des intellectuels (Paris, 1987) : « Je crois que la présence d’intellectuels dans une cité moderne est une clef de la démocratie. »

1967 à nos jours : la solidarité avec Israël (par Laurent David Samama)

On a tout dit, tout écrit sur Bernard-Henri Lévy et sa relation a Israël. Tout… Et surtout n’importe quoi ! Il n’y a qu’à parcourir l’Internet dans son vaste horizon et visiter quelques sites, forums et blogs pour s’en persuader. Même lorsqu’Israël est hors de la discussion, même lorsque Bernard Henri Lévy n’en parle pas, les commentateurs s’évertuent à l’y ramener. Cela n’a de cesse. On le constate sur les pages en ligne de Libération. On le remarque au bas des vidéos Youtube. On le voit enfin sur le site de la Règle du Jeu, revue qu’il a créée voilà vingt ans.

Donc Israël, sujet périlleux par excellence. Un de ces sujets qui excitent les passions, qui peuvent gâcher l’ambiance et fâcher les bons amis. On se rappelle du dessin de Caran d’Ache à l’époque de l’affaire Dreyfus dans le Figaro. Une tablée joyeuse : « …Surtout on ne parle pas de l’affaire Dreyfus ». Tout à coup la tablée sans dessus-dessous. Les hommes s’empoignent, les femmes s’étranglent : « … Ils en ont parlé… ». Israël est un de ces sujets périlleux. Israël provoque ces réactions-là. Et pourtant depuis plus de quarante ans, Bernard-Henri Lévy ne fait jamais l’économie d’une réflexion poussée sur l’avenir de l’Etat hébreu.

N’en déplaisent à ses détracteurs, le philosophe propose une voix différente sur le Proche-Orient et l’avenir de l’Etat juif. Une voix progressiste, différente et novatrice, mais surtout une voix écoutée par les israéliens et les palestiniens.

UN ENGAGEMENT DE JEUNESSE

Etre toujours aux côtes d’Israël, dans les moments de joie comme dans les moments de peine, dans l’incertitude des conflits armés qui bousculent trop souvent l’Etat hébreu, Bernard- Henri Lévy en a fait une devise. Cela depuis son plus jeune âge. En 1967, Bernard-Henri Lévy est étudiant en khâgne au lycée Louis le Grand. Avant Normale Sup’, avant la rencontre avec Althusser et Derrida, il effectue son premier voyage en Israël. De retour à Paris, lorsque la Guerre des Six Jours éclate, le jeune étudiant fonce au consulat d’Israël à Paris. Il tente alors de s’engager aux côtés des forces qui balayent la coalition des pays arabes. Le conflit, très court, ne donnera pas l’occasion à Bernard-Henri Lévy d’y prendre part mais on sent déjà poindre chez le philosophe un intérêt pour les questions proches-orientales. Ainsi, profondément marqué par cette première expérience, Lévy juvénile signe dans la foulée un article, « Sionismes en Palestine » pour Éléments, la revue de Clara et Marek Halter, déjà compagnons de route. Y collaborent des noms comme Vladimir Jankélévitch et Jean-François Revel. Il n’abandonnera jamais plus ce combat intellectuel. Le texte s’intitule donc « Sionismes en Palestine » et déjà on devine dans l’engagement béhachelien pour Israël des constantes clairement identifiables. Autant de leitmotivs dont il ne se détournera jamais plus : d’abord ce soutien inconditionnel à l’existence de l’Etat d’Israël. Ensuite cette envie de paix avec le voisin palestinien mais aussi cet attachement au concept essentiel d’Israël, au sionisme dans ce qu’il peut avoir de magistral, en ce qu’il offre au message juif une positivité renouvelée malgré le destin terrible des populations juives au cours des siècles derniers et dans ce terrible XXème siècle. « Sionismes en Palestine » fixe donc une ligne dont Lévy ne déviera jamais : soutien inconditionnel à l’existence et à la sécurité d’Israël ; mais nécessité absolue, pour des raisons tant éthiques que politiques, d’un Etat palestinien souverain, aux côtés d’Israël et en paix avec lui. Au cours de sa carrière, Bernard-Henri Lévy se rendra de nombreuses fois en Israël. En mai 2002, lorsqu’il reçoit un doctorat honoris causa de l’Université de Tel-Aviv. Dans le discours qu’il prononce à cette occasion, il tient un premier compte de ses nombreux voyages. Le texte intégral se retrouve lui en préface du « Sionisme explique à nos potes » ; on y lit :

« Je suis venu en Israël, pour la première fois, à la fin de la Guerre des Six Jours. Je suis venu en 1973. Je suis venu pendant la guerre du Liban. J’étais là, encore, pendant la guerre des Scuds. Eh bien je suis là, aujourd’hui, alors que vous faites face à cette nouvelle guerre, la plus longue de toutes, la plus coûteuse en vies juives, la plus sale de toutes les guerres de toute l’histoire d’Israël, la plus ruineuse en termes de crédit moral et d’image : jamais Israël, il me semble, n’aura été si seul ; jamais il n’aura été cet indompté, campant a part des nations, que prophétisaient sans le savoir nos Saintes Ecritures ; et, à cet Israël-la, à cet Israël stigmatisé, satanisé, nazifié, à cet Israël fautif sans doute, comme sont fautifs tous les pays en guerre, mais qui ne mérite ni ce torrent de haine, ni ce déferlement d’hystérie, je suis heureux d’avoir l’occasion de redire ainsi, une nouvelle fois, comme chaque fois, ma solidarité de juif et de Français. »

ISRAËL, UN COMBAT POLITIQUE

Bernard-Henri Lévy en Israël, c’est surtout une affaire de rencontre. Inlassablement présent chaque fois qu’Israël est en danger, le philosophe mouille la chemise depuis les années 70 pour trouver des solutions de paix. On le retrouve ainsi en 1979 à Jérusalem avec le Premier Ministre de l’époque, Menahem Begin. Il existe une photo immortalisant la rencontre. On y voit un Bernard-Henri Lévy enjoué se tenant aux côtés de Menahem Begin, géant de la politique israélienne au parcours unique. Le cliché est fascinant. Qu’a bien pu dire celui qui naquit dans le Brest-Litovsk juif, fut condamné à huit années de Goulag puis devint membre de l’Irgoun et fut honoré par un Prix Nobel de la Paix ? C’est un secret de l’Histoire !

L’année suivante, en 1980, BHL parle à la tribune de l’Assemblée Générale du B’nai B’rith. Il sera ensuite sur le front, en 1981 lors de la Première guerre du Liban qu’il couvre pour le journal le Monde. Il y retournera à l’été 2006 lors du second conflit israélo-libanais. Un peu plus tard, lorsqu’éclate la crise des Scuds de Sadam Hussein, Bernard Henri Lévy obtiendra un entretien inédit avec Itzak Shamir qui figure désormais dans le quatrième numéro de la revue qu’il dirige, la Règle du Jeu. Bientôt, Israël reconnaît dans Lévy un de ses grands penseurs. Et il est vrai que BHL œuvre pour perpétuer cette vitalité intellectuelle que l’on trouve en Israël. Comment ne pas évoquer ici la fondation de l’Institut d’Etudes Levinassiennes si cher au philosophe. A Jérusalem, en 2000, Benny Lévy, ancien secrétaire de Sartre, Alain Finkielkraut et Bernard-Henri Lévy prennent la décision de créer un lieu de réflexion philosophique pour prolonger l’héritage levinassien. Ils écrivent : « la possibilité d’un lieu, d’une langue où des juifs, déchirés dans leur parti d’existence, peuvent coexister, se disputer, s’entendre, mal entendre sans doute, mais tenter de sauver les conditions de la parole qui tranche. »

Des rencontres il y en aura donc énormément : avec Rabin, avec Peres, avec Olmert et Netanyahou. Avec tout ceux qui présidèrent un jour aux destinées de l’Etat hébreu. Mais aussi en territoires palestiniens avec les démocrates de Gaza et de Cisjordanie. Fort de ces expériences, Bernard-Henri Lévy devient désormais un observateur privilégié de la politique israélienne et de ses vicissitudes. Un confident également. On le mesure dans le document qui suit. Il s’agit de la retranscription de la rencontre entre Bernard Henri Lévy et Ehud Barak alors Ministre de la Défense. Le texte est extrait des « Carnets de Guerre » pour le Journal du Dimanche, 18 Janvier 2009. On y voit le philosophe partager l’intimité du dirigeant politique.

« Ehoud Barak chez lui. Je l’ai vu, hier, à Palmachim, entouré de ses généraux. Et je le retrouve, aujourd’hui, dans ce salon, tout en longueur, qui semble construit autour des deux pianos dont il joue en virtuose. Il évoque, lui aussi, le dilemme moral auquel son armée est confrontée. Il décrit le calcul d’un Hamas qui, précisément parce qu’il sait que tel est le mode de fonctionnement des Israéliens, installe ses dépôts d’armes dans une cour d’école, une salle d’hôpital, une mosquée. « De deux choses l’une, m’explique-t-il sur un ton où pointe, j’en jurerais, une curiosité de stratège face à une tactique inédite. Ou bien nous en sommes informés et ne tirons pas – ils ont gagné. Ou bien nous l’ignorons et tirons – ils filment alors les victimes, envoient les images aux télévisons et ont aussi gagné… ». Je m’apprête à lui demander comment l’homme de Camp David, la Colombe qui offrit à Arafat, il y a neuf ans, les clefs d’un Etat palestinien dont celui-ci ne voulut pas, vit personnellement ce dilemme – et je suis sur le point de lui objecter, aussi, qu’Israël n’en serait pas là sans la série d’occasions manquées, de faux pas, d’aveuglements, des gouvernements qui ont suivi. Mais le téléphone sonne. C’est Condolezza Rice qui appelle pour le presser, justement, de conclure très vite un cessez-le-feu. « Pourquoi très vite, à votre avis ? » Le ministre-pianiste sourit… « Parce que, à dix jours près, le même cessez-le feu sera son œuvre à elle, Condy, ou celle de l’autre Barack (Obama) qui lui volera sa ‘legacy’ »

A Jérusalem pour les célébrations des 60 ans de l’Etat hébreu, Bernard Henri Lévy est entouré des plus grands. Shimon Peres désormais Président, Henry Kissinger diplomate mythique, Amos Oz est là, aussi. Dans son Bloc-Notes du Point du 22 mai 2008, il livre quelques impressions sur le visage d’Israël aujourd’hui :

« L’exemplarité d’Israël. Eh oui ! Tout n’est pas parfait, naturellement, en Israël. Et la question palestinienne, notamment, y est une blessure ouverte, une plaie. Mais, cette question mise à part, je ne sache pas qu’il y ait d’autres Etats, issus de la décomposition des empires, qui aient su bâtir, comme Israël, une prospérité durable, une démocratie digne de ce nom ainsi qu’une relation à la violence qui ne s’affranchit jamais d’un souci et de considérations éthiques. Et, par-delà même ce contexte, par-delà le seul cas des pays issus de ce que l’on appela, naguère, du beau nom de révolution anticolonialiste, j’observe cet Israël accueillant indifféremment Russes et Yéménites, Français et Ethiopiens, Maghrébins et Polonais (sans parler, bien entendu, des 20 % d’Arabes palestiniens) : qu’on le veuille ou non, l’une des sociétés les plus ouvertes au monde ; que cela plaise ou pas, une multiethnicité combinée, comme nulle part ailleurs, avec une appartenance nationale, un patriotisme, une exigence citoyenne étonnamment solides ; une leçon, autrement dit, une vraie grande leçon, dont feraient bien de s’inspirer nombre de puissantes nations confrontées à la même impossible équation – France et Etats-Unis compris. »

L’ELABORATION D’UNE PENSEE UNIVERSALISTE AU SERVICE D’ISRAEL

Les ennemis de Bernard Henri Lévy réduisent trop souvent son engagement aux côtés d’Israël en une entreprise manichéenne et sans relief. Ses écrits prouvent le contraire. Au-delà de toutes les données inhérentes à la situation israélo-palestinienne, au delà même des considérations identitaires qui poussent le philosophe à s’emparer de la question israélienne, il convient de noter un mouvement crucial de sa pensée, l’universalisme. Quand Bernard-Henri Lévy pense Israël, il pense en même temps le monde. Et lorsqu’il s’engage en Bosnie, en Géorgie, au Soudan, au Sri Lanka, en Afghanistan et partout ailleurs dans le monde, c’est indubitablement grâce a sa réflexion sur Israël. Sans Israël, pas de « Pureté Dangereuse » ni de « Réflexion sur la Guerre, le Mal et la fin de l’Histoire ». Car le destin de l’Etat juif conditionne les mouvements de la réflexion béhachelienne ; à l’heure des conflits mémoriels mesquins, il pense non seulement le monde dans sa globalité mais, et c’est capital, tire les leçons de l’Histoire. Le « plus jamais ca » post-Shoah qui accélèrera l’accession des juifs a un Etat entraine de fait une réflexion sur le Rwanda, la Bosnie et le Darfour. On parle souvent des leçons de l’Histoire. Et bien elles sont ici. Ce n’est donc pas un hasard si Bernard Henri Lévy a reçu la Légion d’honneur bosniaque pour services rendus à la résistance des habitants de Sarajevo. Car quel intérêt il y aurait-il à s’occuper du destin juif et d’Israël si cette pensée était par la suite autarcique, renfermée sur elle même ? Voilà en somme ce que nous disent les textes de Bernard-Henri Lévy. Et voilà pourquoi sa pensée est intéressante : car bien loin de l’image si souvent rebattue, elle n’a pas d’œillères.

Cette réflexion conduite sur Israël amènera l’Université Hébraïque de Jérusalem à décerner au philosophe un Doctorat Honoris Causa en juin 2008. Dans le discours que Bernard- Henri Lévy prononce à cette occasion, il est rendu un hommage appuyé à son maitre Derrida ainsi qu’à Jean-Paul Sartre. Les deux hommes avant lui reçurent le même honneur que Lévy de cette Université pensée par des esprits illustres, Sigmund Freund et Albert Einstein. Il faut bien mesurer la portée de cette distinction, Sartre qui refusa au cours de sa carrière de nombreux prix et récompenses, le Prix Nobel de Littérature en tête, acceptera le titre remis à Jérusalem.

L’ENGAGEMENT EN FAVEUR DE LA PAIX

Les derniers développements de l’engagement de Bernard-Henri Lévy pour Israël, les voici. D’abord cet article qui fit date, « Halte a la Diabolisation d’Israël » qui revient sur les griefs faits a l’Etat hébreu et les démonte avec méthode. Ensuite cette participation en 2003 à l’Initiative de Genève, plan de paix alternatif qui offre l’opportunité d’une résolution concertée au conflit israélo-palestinien.

« Parce qu’il n’esquive donc nul écueil, parce qu’il ne laisse rien pour demain et après-demain, parce que, d’aucune question, il ne dit : « c’est trop chaud, trop compliqué, nous verrons bien à la toute fin », parce qu’il rompt avec l’idée même d’« étapes » et de « processus » qui était au centre de l’esprit d’Oslo, parce qu’il se présente comme un bloc, à prendre ou à laisser, ce plan vient réduire, autant que faire se peut, l’espace concédé à la ruse, au double langage, à la manœuvre ; à personne, il ne permet de dire : « oui, d’accord, je signe, j’entre dans le processus, mais je sais bien, moi, que j’en sortirai à l’étape x, que je m’échapperai à l’étape y » ; c’est un plan anti-échappatoires ; c’est un plan anti-arrière-pensées ; c’est un nouveau concept de plan qui, s’il était appliqué, aurait littéralement pour effet de déminer les bombes à retardement semées jusqu’à présent sur le chemin de la paix. »

Au programme, partage de souveraineté sur Jérusalem, fin du droit au retour pour les réfugiés palestiniens, évacuation par Israël de la Cisjordanie et de la bande de Gaza et sauvegarde du caractère juif de l’Etat d’Israël. Le plan prévu par Yossi Beillin et Yasser Abd Rabbo suscite alors l’enthousiasme du monde entier et BHL participe à sa promotion aux cotés de Lech Walesa, Nelson Mandela et Mikhail Gorbatchev. Si Yasser Arafat et Ariel Sharon rejetteront plus tard l’Initiative de Genève, le projet demeure aujourd’hui encore en tête des solutions réalistes au conflit israélo-palestinien. Après l’initiative de Genève, d’autres articles, d’autres discours, d’autres conférences. Mais surtout deux derniers moments forts : d’abord la défense passionnée du cas Guilad Shalit, jeune citoyen franco-israélien capturé par le Hamas le 26 juin 2006 alors qu’il effectuait son service militaire. Bernard Henri Levy n’aura de cesse de militer pour sa libération. Ainsi, le 22 juin 2010 il prononce à Paris sur le parvis des Droits de l’Homme un discours devant quelques 15 000 personnes. Le destin de Gilad sera au cœur de son intervention. Celle-ci sera suivie quelques jours plus tard par la publication d’un article « Pourquoi il faut sauver le soldat Shalit ».

Gilad Shalit donc et ensuite le soutien à l’initiative JCall, cet appel lancé par des personnalités juives européennes en faveur de la création d’ “un mouvement européen capable de faire entendre la voix de la raison” à propos du conflit israélo-palestinien. L’appel à la Raison a “pour ambition d’œuvrer à la survie d’Israël en tant qu’État juif et démocratique, laquelle est conditionnée par la création d’un État palestinien souverain et viable”. A « l’Appel à la Raison » lancé par JCall, un autre texte Raison Garder répond. Le débat est vif. Il va alors cliver la communauté juive française. Revenons dessus en quelques mots : pourquoi ce soutien et à quelles conditions ? D’abord car il s’inscrit dans la droite ligne de la réflexion du philosophe sur Israël. Intellectuel engagé, Bernard Henri Lévy soutient Israël avec vigueur et exerce son rôle de vigie citoyenne en parlant avec franchise à ses amis de Tel-Aviv et de Jérusalem. Il récusera l’emploi de l’expression « faute morale » pour qualifier quelques attitudes israéliennes mais estimera néanmoins que l’Appel constitue une initiative positive. Alain Finkielkraut, Daniel Cohn-Bendit, Elie Barnavi et Patrick Klugman iront dans son sens.

Il convient je crois d’achever cette chronique sur BHL et Israël en reprenant les mots de son Bloc-Notes du 5 Mai 2010. Il y traite, à propos Jcall justement, du courage nécessaire pour arriver à la Paix.BHL/Netanyahu « J’ai lutté toute ma vie contre la délégitimation d’Israël. J’ai défendu la légitimité de son point de vue dans toutes les guerres auxquelles Tsahal a été poussé depuis que j’ai l’âge d’homme. Maintenant encore, je n’atterris jamais à Tel-Aviv sans prendre le temps d’une visite à mes amis de Sderot, la ville du Sud qui vit sous la menace des obus du Hamas. Eh bien, c’est la même démarche qui me fait m’adresser, aujourd’hui, aux dirigeants israéliens et les adjurer, au fond, de retrouver l’inspiration de leurs illustres aînés : Ben Gourion entérinant, en 1948, le plan de partage des Nations unies ; Yitzhak Rabin et Shimon Peres prenant, trente ans plus tard, le risque des accords d’Oslo ; ou même le jeune Ehoud Barak proposant à Arafat, il y a presque exactement dix ans, un traité dont celui-ci ne voulut pas mais dont les principes et même les clauses n’ont, il le sait, pas pris une ride. Il faut être deux, bien sûr, pour faire la paix. Mais il n’est pas interdit, même seul, de faire un pas. Et, si possible, un pas décisif. » Les faits sont aussi têtus que la constance du philosophe dans sa défense éclairée de l’Etat hébreu. Parce qu’il n’a que trop expérimenté la guerre au cours de ses nombreux voyages, Bernard Henri Lévy s’évertue depuis quarante ans maintenant à proposer une ligne de pensée différente et novatrice, mais surtout progressiste à ces lecteurs. Des lors, s’il n’y avait qu’une chose à retenir de l’engagement de Bernard Henri Lévy pour Israël, ce serait bien le souci de toujours penser la démocratie et le pacifisme là où le Mal et les passions pourraient, si l’on n’y prend garde, emporter la partie…

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